Sur la petite scène devant Marie-Perle, un couple dans la cinquantaine se dandine au rythme des « hits ». Au comptoir, à l'avant du petit bar, les habitués sirotent leur « grosse ». Ils interrompent leurs discussions pour applaudir la fin de chaque chanson.
À première vue, la faune laisse croire qu'on se trouve dans une de ces typiques tavernes crades en voie de disparition sur l'île de Montréal. Le décor confirme l'intuition. Les lumières de Noël donnent de «l'ambiance» à l'année longue. Les murs sont ornés des articles promotionnels que les compagnies de bière envoient avec leurs chargements.
Mais il ne faudrait pas juger trop vite. Car il ne suffit que de quelques minutes pour que les premières jeunesses franchissent le pas de la porte. C'est à ce moment que la soirée lève.
Âgée d’entre 20 et 25 ans, la nouvelle clientèle est débarquée à l'Astral comme une bénédiction. C'était il y a deux ou trois ans.
« J'adore l'Astral 2000, s'exclame Juliane, jeune professionnelle de 24 ans. C'est une des seules places à Montréal où on peut chanter, boire une grosse Labatt 50 et parler avec ses amis. »
Elle quitte ses compagnons de table le temps d’une chanson. « Poupée de cire, poupée de son », de France Gall. L’interprétation est sentie, mais la pointe d’ironie, palpable.
Certains clients sont plus sérieux, comme ce fac-similé vocal d’Éric Lapointe, venu en solo. Entre chacune de ses chansons, il se concentre pour la prochaine.
« Ici, n’importe qui peut venir chanter. Au pire, c’est juste drôle », rapporte Patrick, serveur dans la mi-vingtaine.
Le virage jeunesse s'est effectué de lui-même, sans que les propriétaires ne le provoquent à coup de publicités. Ou encore de rénovations tape-à-l'œil.
« J'en prends soin, je les gâte. C'est une clientèle fiable et ils sont bons pour boire jusqu'à 50-60 ans! », explique Danny, le gérant de soir et fils du propriétaire.
Qu’est-ce qui attire les jeunes adultes dans ce bar où se côtoient mauvais goût, toilettes malodorantes et machines vidéo-poker? Premier ingrédient : la simplicité des lieux, assurément. « Les jeunes branchés viennent ici pour retrouver le côté vieux kitsch qu’on ne retrouve pas sur le Plateau », croit Geneviève, la barmaid.
Deuxième ingrédient : l’aspect familial. « Connaître le gérant et l’animatrice par leurs petits noms, c’est merveilleux, explique Juliane. Et puis, une accolade de Marie-Perle, ça commence une soirée comme rien d'autre. »
Ingrédient final : ladite animatrice-vedette. « Tout le monde la connaît », lance Marilou, 25 ans, assise à la même table que Juliane.
Marie-Perle. Un personnage. « J’ai eu de la misère au départ avec les jeunes, mais je me suis habituée. Je les trouvais polissons », explique-t-elle. Aujourd’hui, c’est plus harmonieux.
Reste qu’avec cette faune bigarrée, tout peut arriver. « À tous les soirs, il se produit quelque chose de bizarre, rapporte la serveuse, Geneviève, qui, soit dit en passant, a deux baccalauréats derrière la jupe. L’autre soir, un client essayait de retirer de l’argent à partir du juke-box. »
Ce soir-là, quelle est la meilleure bizarrerie à s'être produite à l’Astral? Choisissez! Première option : l’escarmouche entre deux clientes, car une riait de l’autre pendant qu’elle chantait. Résultat : « J’t’attends dewors! » (Rassurez-vous, la violence n’est pas tolérée à l’Astral. Tout le monde est ami habituellement).
Ou serait-ce la présence de Jacques? Ce bon vieux pilier qui a passé la soirée seul au comptoir à tenter de communiquer avec ses voisins. Le tout sans prononcer un seul mot audible…
Vieux et jeune, crade et dans le vent
« Alors, on y va avec la Compagnie créole, '' Ça fait rire les oiseaux '' », lance l'animatrice Marie-Perle pour amorcer le karaoké. Elle casse la glace, interprétant quelques-unes de ses chansons préférées. Tambourine à la main, de préférence, pour ajouter au rythme. Voilà que le ton est donné pour une autre soirée à l'unique Astral 2000, rue Ontario!
- Nombre de fois lu : 520
- Coter
- Haut de page
