Il n'y a même pas d'argent en jeu.
C’est bien plus grave.
Et c’est public, avec des documents à l’appui.
C'est une affaire de torture systématique de nos prisonniers en Afghanistan et du gouvernement Harper qui nie tout et veut balayer l’affaire sous le tapis… de Turquie.
Dans un témoignage sans précédent devant un comité parlementaire mercredi, le diplomate canadien Richard Colvin a révélé le rôle important et systématique joué par les Canadiens dans la torture des suspects terroristes qu'ils transféraient à la police afghane pour interrogation.
Les soldats canadiens n’ont pas torturé les détenus eux-mêmes, mais en fournissant les suspects, ils devenaient complices à la torture.
Les inspecteurs d’Amnistie International et de la Croix Rouge nous disent que la torture est la norme depuis longtemps dans les prisons de ce pays-là. Les Canadiens n'ont rien changé.
Surtout que les soldats canadiens recueillaient six fois plus de prisonniers que les Britanniques et 20 fois plus que les Hollandais.
Le gouvernement Harper a tout fait cette semaine pour étouffer l'histoire. Même jusqu'à menacer de flanquer Colvin en prison cinq ans s'il témoignait devant la Commission d'examen des plaintes concernant la police militaire, sous prétexte que son témoignage pourrait nuire à la sécurité nationale.
C'est plutôt au gouvernement Harper que ça pourrait nuire. L’horrible nouvelle a fait le tour du globe dans Le Monde, la Romandie, le Times de Londres.
Ça pourrait mener à des accusations de crimes de guerre devant une cour internationale pour nos militaires et leur Premier ministre.
Pendant ses 18 mois en poste en Afghanistan, Colvin a inondé Ottawa des rapports sur la torture dans la prison Sarpoza et le Centre de détention NDS : 16 rapports au total expédiés à 76 personnes, dont les plus haut gradés militaires et civils du Canada à savoir, le général Rick Hillier, le commandant en chef en Afghanistan, le lieutenant-général Michel Gauthier, au ministère des Affaires étrangères, David Mulroney son patron immédiat en Afghanistan et à Margaret Bloodworth la conseillère en matière de sécurité du Premier ministre Harper, payée quelque 200 000 $ par année pour renseigner le Premier ministre sur la guerre en Afghanistan.
Tous nient avoir vu ces rapports ou reçu des breffages à leur sujet.
Est-ce possible que le Premier ministre Harper, le ministre de la Défense de l'époque Gordon O'Connor et le ministre actuel Peter MacKay soient complètement tenus dans l'ignorance?
Difficile à croire puisque à ce temps là ils répondaient tous les jours à la Chambre des communes à des questions sur la torture.
Au début le gouvernement y est allé doucement avec cet obsédé Colvin. Ils l’ont promu à un poste important à l'Ambassade canadienne à Washington. Mais Colvin n’a pas lâché le morceau.
Cette semaine après son témoignage devant le comité, c’était le temps de jouer dur avec lui. Le ministre de la défense nationale Peter MacKay a été envoyé détruire la crédibilité de Colvin, un des plus distingués diplomates canadiens.
MacKay a dit qu’il n’avait aucun fondement dans les "allegations" de Colvin et l’a traité de « dupe » du Taliban, refusant de lui accorder la moindre crédibilité.
S’il était une dupe, pourquoi a-t-il été nommé conseiller au renseignement à Washington? Aucune réponse crédible de MacKay. Jeudi et vendredi le gouvernement cherchait toujours en vain au ministère un collègue de Colvin pour le contredire.
C'est très rare qu'un gouvernement se tourne contre un haut fonctionnaire. Ça indique à quel point le scandale touche Stephen Harper, et les conséquences néfastes sur le plan international.
Autre petit problème : un deuxième rapport a fait son apparition jeudi soir à Ottawa, écrit par un autre fonctionnaire, Nicolas Gosselin, qui aborde dans le même sens que Colvin.
Le ministre Mackay tenait à répéter que Colvin n'a jamais vu de torture de ses propres yeux, donc ses "allégations" ne sont pas crédibles. Il poursuivait en affirmant que les personnes citées par Colvin dans ses rapports doivent tous être des « Talibans » et qu’il n'y a jamais eu de torture de détenus canadiens par la police afghane.
Donc, aucune raison de tenir une commission d’enquête publique. Aucune.
Et moi je crois au Père Noël.
Stephen Harper coincé dans un autre scandale
Ce n'est pas le patronage cette fois, ni les gros chèques bleus.
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