Une poignée de gens ont eu la chance d'y voir Nirvana, avant Smells like Teen Spirit. D'autres, encore plus rares, peuvent se vanter d'avoir vu Bérurier Noir se donner à fond sur ce stage mythique. Pour ma part, à cause de mon âge, je n'ai pu commencer à aller aux «Foufs» qu'à partir de 1994. Mais, j'ai tout de même eu la chance de voir Green Day avec the Offspring, un an avant leur succès international monstre. Combien m'avait coûté le billet pour ces deux shows ? Sept dollars ! On est loin des prix d'un spectacle au centre Bell et l'expérience y fut, selon moi, beaucoup plus « électrisante »...
Un zooMais les «Foufs» c'est plus qu'un temple du punk rock ouvert 12 heures par jour. Cet établissement défini à lui seul le "nightlife" montréalais. Si on arrive à l'ouverture, surtout l'été, on peut profiter d'une des plus grosses terrasses sur l'île.
Confortablement assis, on peut y observer dans toute sa splendeur le "melting pot" de styles qui fait tout le charme de ce quartier de la ville. Les Foufounes Électriques sont un lieu de rencontre tant pour les hommes d'affaires que les étudiants, en passant par les livreurs de courriers en vélo et les "skaters", sans oublier bien sûr les punks, qui quêtent des "smokes" et un fond de pichet contre une toune à l'harmonica. Pour ce qui est du soir, chaque nuit offre un nouveau spécial, que ce soit les mercredis "skater night", les jeudis "ladies night" et les samedis "formule un", où tout est vraiment 1$. Dérapage assuré...
Un muséeAu delà de la beuverie, les fesses enflammées font aussi office de musée. En tout temps il y a des expositions d'art au premier étage, où sculpture, photographies et toiles sont exposé en rotation par des artistes de renom de l'underground montréalais. De plus, le bar recouvert de graffitis, se refait une beauté une fois par année durant la convention de graffiteurs "Under pressure" qui se tient dans sa cour arrière. Les toilettes à elles seules sont une véritable pièce d'anthologie. Envie ou pas, une visite à la salle de bain du sous-sol s'impose afin d'y apprécier les graffitis dont certains datent du début des années 80.
Et même de la bouffeL'établissement a longtemps eu une réputation de dure à cuire. En 1993 le bar s'est fait enlever son permis d'alcool à cause des nombreuses batailles et la présence de revendeurs de drogues. Mais grâce à la détermination du proprio et du staff, le bar a revu le jour 6 mois après et s'est juré de «nettoyer» son look tout en gardant son cachet de "punker". Depuis les Foufs est devenu un endroit sécuritaire, où il fait bon boire et jaser, apprécié tant des "locals" que des touristes.
En 1995 on a installé un petit resto, le «RestoFoufs», pour nourrir les disciples qui envahissent le bar à tous les jours dès 15h. Au départ, en tant que chef, je dois dire que j'étais sceptique du concept, mais je me suis vite rendu compte qu'ils offraient un beau menu varié et adapté au budget de la clientèle. Imaginez le luxe, vous êtes assis sur une terrasse bière en main et pour seulement 4$ on vous sert un nacho. Même si le bar garde ses allures "Thrash" la cuisine des «Foufs» est impeccablement propre. À essayer : le chien chaud "all dress", un excellent accompagnateur de breuvages au houblon.
Alors, si vous passez dans le coin, que la marginalité vous fasse comme un gant ou que vous ayez seulement de vous y tremper le bout de l'orteil dedans, passez prendre un verre dans ce sanctuaire du différent.