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L'art public n'est pas un art de la rue

Peter Gibson (Photo: Jacques Pharand)

Peter Gibson (Photo: Jacques Pharand)

Publié le Mars 18 2010
Publié le Juillet 7 2010
Sujets :
Lucile de Pesloüan , Montréal , Toronto , Canada

Peter Gibson, alias Roadsworth a passé cinq ans à recouvrir de pochoirs les rues de Montréal. Il a été activiste à ses débuts, l'art légal lui a aussi ouvert ses portes. Un engagement différent, une spontanéité peut-être moindre, mais un accès à des ressources intéressantes. Pour lui, les deux ne sont pas exclusifs.

Faubourg:Peter Gibson, tu as dix ans de pratique d'art visuel derrière toi. C'est à Montréal que tout a débuté. Est-ce le fruit du hasard ou un choix ?

Peter Gibson:Je suis né à Toronto. Comme tous les jeunes adultes, j'imagine, j'avais besoin de m'évader, de montrer mon indépendance face à ma famille. Je voulais étudier la musique. Parmi toutes les villes du Canada, celle qui m'attirait le plus était Montréal. L'ouverture d'esprit me séduisait. Maintenant je n'en suis plus aussi sûr, mais le Festival de jazz par exemple, me donnait l'impression d'une vie plus culturelle qu'en Ontario. J'ai fait de la musique autant que je pouvais. Jazz, funk, dub, afro beat, reggae... Puis je me suis retrouvé face à un mur. J'avais besoin d'un nouveau moyen d'expression. J'ai découvert Andy Goldsworthy. Cela a été l'élément déclencheur. Il est l'un des principaux artistes du Land Art, il utilise des objets naturels ou trouvés pour créer des sculptures éphémères ou permanentes.

Faubourg:Si tu es à présent un artiste reconnu en art visuel, tes créations auparavant, n'étaient pas légales. Comment passe- t-on de l'activisme aux prestations publiques ?

Peter Gibson:Je ne renie ni l'un ni l'autre. Au départ, mes interventions dans la rue étaient certes, bien plus activistes qu'artistiques. J'avais un problème avec la façon dont les villes étaient pensées. Mon moyen d'action était de dessiner des symboles partout, pour revendiquer. Les débuts ont été houleux. J'ai reçu plein d'accusations. Le montant total des contraventions a été faramineux, je risquais aussi la prison. Beaucoup d'artistes, sous l'impulsion notamment de Chris Hand, m'ont appuyé, suivi du public. Mes peines ont été réduites de façon considérable. En 2006, Ville-Marie m'a proposé un contrat. Très surpris, j'ai pourtant accepté tout de suite. J'ai débuté une nouvelle carrière. Cependant, je ne suis pas vraiment engagé par les municipalités, ce sont plutôt des galeries. Mais j'exerce légalement. Là est toute la différence.

Faubourg:Art public, art de la rue. Des arts complémentaires ou diamétralement opposés ?

Peter Gibson:Pour moi, il n'y a pas de "street art" légal. Il faut que ce soit rebelle, c'est dans l'attitude, l'impact est attendu. Cela nécessite un risque, une conviction qui n'existe pas dans l'art public. Attention, l'art public n'est pas forcément politiquement correct. On peut revendiquer des choses par ce biais. On m'a rarement censuré, la spontanéité est peut-être moins évidente. On est forcément très encadré, on doit respecter un échéancier, un espace, souvent un thème... D'un autre côté, c'est aussi très enrichissant, j'ai travaillé sur des projets plus ambitieux, avec plus de ressources, plus de temps. Et puis être payé pour son travail, c'est aussi une forme de reconnaissance. Il faut conjuguer les deux, mais surtout ne pas se faire submerger par les demandes publiques.

Faubourg:Et maintenant, en cette veille de printemps, tu te vois activiste ou artiste ?

Peter Gibson:Les deux bien entendu ! Je travaille en ce moment sur une installation à Montréal, qui verra certainement le jour dans quelques mois. Je suis aussi sur un projet de livre, avec des photos, des mots qui retracent ma petite carrière. Cette période de pur "street art" est derrière moi. Ce sont des moments importants de ma vie. J'évolue, je veux travailler différemment, travailler avec un autre style et des idées différentes. <@Ri(Lucile de Pesloüan)<@$p>

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