Personnalisez votre journal

Une nuit avec Josée

De 22 h 20 à 5 h 40, Josée Charpentier chauffe l'autobus qui longe la Sainte-Catherine avec presque toujours les mêmes personnes à bord. L'artère, elle la connaît non seulement par cœur, mais d’Atwater à Frontenac, elle garde en mémoire 16 ans

De 22 h 20 à 5 h 40, Josée Charpentier chauffe l'autobus qui longe la Sainte-Catherine avec presque toujours les mêmes personnes à bord. L'artère, elle la connaît non seulement par cœur, mais d’Atwater à Frontenac, elle garde en mémoire 16 ans

Publié le Février 11 2010
Publié le Juillet 7 2010

Josée Charpentier chauffe des autobus la nuit. Mais, contrairement à la majorité des travailleurs de la pénombre, elle se compte bien chanceuse d’assister à presque tous les levers de soleil. À 22 h 20 tapantes, elle est déjà installée dans son siège et il ne lui reste qu’une seule minute à compter pour enfoncer son pied doucement sur la pédale à gaz. D’Atwater à Frontenac, elle a 16 ans de spectacles à raconter.

Sujets :
Collège LaSalle , Atwater , Sainte-Catherine , Papineau

Enfermée entre quatre murs pendant des années à bosser pour une banque, Josée a choisi de conduire des autobus pour « voir ce qui se passait à l’extérieur ». « La Sainte-Catherine, ça m’a toujours fascinée », précise celle qui a commencé de nuit d’abord parce qu’elle était dernière. Mais, elle a bien fini par y prendre goût. « Ma ligne fait le relais entre tous les autobus de nuit qui arrivent de l’est. Je croise ensuite tous ceux qui font le nord-sud et j'arrive à Atwater pour rencontrer tous ceux qui proviennent de l’ouest », ajoute-t-elle.

Chaque nuit, Josée arpente les mêmes rues avec presque toujours les mêmes personnes à bord. La célèbre artère Sainte-Catherine, elle la connaît par cœur dans tous ses racoins. De Papineau à Atwater et d’Atwater à Papineau, elle est au volant de la ligne 15 qui devient ensuite la 358, à partir d’une heure du matin.

Ses nuits, elle les aime tant pour la faune et la flore grouillante que pour la tranquillité une fois 3 h bien sonnées. Son trajet est éclectique, si ce n’est que par toutes les frontières qu’il traverse. À partir d’Atwater, c’est plus anglophone, ensuite on pénètre tour à tour le centre-ville à Peel, le quartier des spectacles, le quartier gai, etc.

Une femme la nuit

Quand on lui demande si elle se sent en sécurité dans son travail, Josée répond par l’affirmative. « C’est sûr que j’en ai vu de toutes les sortes. Par exemple, j’ai déjà dû quitter un autobus parce qu’il se faisait brasser après un match de hockey. Mais, bien que c’est le coin où il se passe le plus de choses, c’est la ligne la plus sécuritaire. La police est là constamment, les agents de la STM aussi, il y a des commerces ouverts 24 heures, des taxis et des gens partout. J’ai déjà fait la Pie-IX de nuit et je peux vous dire que quand il se passe quelque chose, t’es vraiment toute seule », explique-t-elle. Au moment d'écrire ces lignes, Josée affirmait avoir vécu trois événements au cours des trois dernières semaines. Histoire de confirmer que c'est sécuritaire, elle a réussi à avoir de l’aide en moins d’une minute pour chacun des cas.

La chauffeuse ne se casse pas la tête. Elle fait respecter les règlements, mais son rôle premier est de conduire l’autobus. « Il y a une semaine, j’ai embarqué deux jeunes qui n’avaient que de l’argent papier. Je leur ai donc offert de les déposer à un commerce pour qu’ils se fassent de la monnaie et l’un d’eux m’a répondu : « De toute façon, c’est quoi les chances qu’il y ait un agent de perception à 2 h 30 du matin un dimanche soir. » Je me suis arrêtée au prochain coin de rue, j'ai regardé dehors et j'ai aperçu un agent dans sa voiture. Il m’a envoyé la main, a baissé sa vitre et m'a demandé si tout allait bien. Je lui ai répondu que non, comme quoi j’avais deux jeunes assis à l’arrière qui n’avaient pas payé. Il a donc appelé des collègues et on a fait une intervention. »

Et alors que les jeunes étaient sur le point de sortir, Josée n’a pas hésité à leur dire : « C’était quoi les chances qu’on fasse une intervention à bord ce soir ? ». Elle use son gros bon sens. « Moi, quand quelqu’un me demande de quoi parce qu’il est mal pris, je vais toujours être compatissante, Sauf que n’essayez pas de me jouer un tour », indique celle qui assure être souvent capable de lire les gens avant même d’ouvrir la porte, si ce n’est que par la façon dont ils se tiennent ou agissent à l’arrêt.

Créer des liens

Mme Charpentier parle de ses clients comme si elle les connaissait personnellement. En fait, c’est qu’elle en connaît beaucoup depuis longtemps. Elle peut nous parler longuement de ses quatre gars qui travaillent ensemble, de ses Amérindiens et de son couple qui travaille pour les journaux. Sans oublier ses Espagnols qui sont aussi fidèles au poste et qu'elle a d'ailleurs complètement oubliés il y a quelques semaines, comme il y avait un détour à faire. Elle s’en veut encore et leur a promis que ça ne se reproduirait pas.

Son métier des 16 dernières années ne lui a certes pas empêché d'élever ses trois enfants seule. Mais, quand est-ce qu'elle trouve le temps pour dormir ? Pour recharger la machine, elle dit se coucher souvent deux fois par jour à raison de deux ou trois heures. « Je n'ai pas besoin de beaucoup de sommeil et j'ai toujours été comme ça », admet-elle. En fin d'entrevue, Josée ajoutait qu'elle ferait toutes les heures supplémentaires du monde pour payer les études de ses enfants. Pour l'instant, la plus vieille suit un cours au Collège LaSalle, la cadette est dans l'armée, alors que le benjamin, lui, est inscrit dans un collège privé.

Écrire un commentaire

Écrire un commentaire

Ce formulaire ne sert pas à envoyer l’article à un ami. Svp, utilisez le lien «Envoyer à un ami» en haut de la page pour ce faire.

Faubourg Ville Marie n'est pas responsable des commentaires ci-dessous. Veuillez par contre, rester poli et respecter le sujet de la discussion. Si vous êtes membre, connectez-vous.

(Nous gardons les courriels privés)
Accord

Nous prions les internautes de rester polis. Il est interdit de soumettre du contenu discriminatoire, insultant ou inapproprié, qui pourrait être retiré du site à notre discrétion. Nous ne sommes pas responsables des opinions ou du contenu soumis par les internautes. L'utilisation de ce site ainsi que la propriété du contenu qui est soumis sont régies par nos Conditions générales d'utilisation et le Politique de confidentialité.

Les organismes membres doivent promouvoir des activités légales et à but non-lucratif. Tout organisme ou organisation faisant la promotion d'activités illégales ou de services / produits commerciaux sera retirée du site.

J'accepte ces conditions.

Entrez le code suivant

Écrire les caractères ci-dessus dans la boîte