Cet ancien bourreau de travail - vendeur d’électronique le jour, DJ la nuit, peintre et poseur de céramique à ses heures, carburait à la cocaïne dans les années quatre-vingt. Puis un jour, il en a eu assez de ces responsabilités qu’il avait prises très jeune à cause du décès de son père. En juin 1991, il a commencé à vivre dans la rue et dormait à la Maison du Père. « Les premiers mois, ça a été le "fun" », avoue-t-il. Mais la réalité l’a rapidement rattrapé et ses problèmes de toxicomanie ont dégringolé.
Selon Gabriel, c’est le journal qui l’a fait sortir de son isolement et lui a permis de reprendre des responsabilités. Peu après la création du magazine, en mai 1994, il fait la connaissance d’un camelot et découvre L’Itinéraire. Il voit alors la chance de remettre un pied dans la société. Gabriel Bissonnette vend le journal pendant un an avant de commencer à y écrire, ce qu’il fera pendant dix ans. Au cours de cette expérience, il interview des artistes de renom comme Dan Bigras, Laurence Jalbert, Raymond Bouchard, Lara Fabian et Michel Côté.
À ses débuts comme camelot, Gabriel consommait encore. Cet emploi lui a pourtant permis de réintégrer un appartement. « L’Itinéraire, c’est un tremplin pour retourner sur le marché du travail. Ce qui est fantastique avec le Groupe, c’est qu’il aide les gens de la rue à se responsabiliser et à se prendre en main. Ils sont motivés, et c’est comme ça qu’ils s’en sortent. » Et l’avantage, c’est qu’il choisit lui-même ses heures. « C’est une "business". J’achète le journal et je le revends. »
En 1997, il est suspendu du Groupe L’Itinéraire et entame une thérapie à Trois-Rivières pour en finir avec ses problèmes de consommation. Aujourd’hui, l’homme de 51 ans est le représentant des camelots et leur doyen, une responsabilité qu’il prend très au sérieux. « Je suis le plus vieux et j’ai un exemple à montrer à mes collègues », précise-t-il. En plus de siéger au conseil d’administration du Groupe, Gabriel Bissonnette donne fréquemment des conférences dans les cégeps et les universités.
Toujours souriant, Gabriel explique à grand regret qu’en tant que camelot, il récolte souvent des remarques agressives ou insultantes. Mais ce qui le blesse par-dessus tout, ce sont les gens qui l’ignorent. « Je n’ai aucun problème à ce qu’on me dise non, mais je ne peux pas supporter l’indifférence. Les gens sont quand même plus compréhensifs aujourd’hui qu’il y a quinze ans », admet-il. Peut-être parce que le magazine connaît une plus grande notoriété aujourd’hui, avance-t-il prudemment.
En moyenne, Gabriel réussit à vendre entre 25 et 50 copies par jour. À l’approche des fêtes, les passants sont quelquefois plus généreux et donnent aux camelots un peu plus que les deux dollars que coûte le journal. Son truc? Gabriel Bissonnette croit que dans la vente, l’honnêteté et la politesse sont les clés du succès.
Laila Maalouf




