David Hanna: « Le transport est le nerf de la guerre de notre qualité de vie urbaine. Même la banlieue connaît des problèmes d'embouteillage. Nous sommes prisonniers de nos voitures et avec la masse, la mobilité individuelle devient de plus en plus impossible à gérer, en plus d'avoir un impact sur notre santé et nos infrastructures routières. »
« Le péage est pratiqué en Europe et dans certaines villes du Japon. Mais on pourrait s'inspirer de New York, une île accessible par des ponts et tunnels, avec une activité économique et sociale importante. En plus des nombreux postes de péage, on a instauré une taxe de stationnement aux entreprises, car on juge qu'elles sont en partie responsables du flot de voitures en ville. L'argent est réinvesti dans le transport en commun. Résultat? Leur réseau est 1000 fois meilleur que le nôtre! Ici, on tarde parce que ce n'est pas une mesure politiquement populaire. »
Faubourg: Alors, comment faire avaler la couleuvre aux automobilistes?David Hanna: « Il faut étendre le péage à l'échelle métropolitaine: la Rive-Nord, la Rive-Sud et Laval. Ensuite, on emprunte sur les revenus attendus et on améliore le réseau collectif pour que les gens voient rapidement les résultats. »
Faubourg: D'autres solutions?David Hanna « Je crois cependant qu'il faut remettre en service le tramway sur la Rive-Sud et avoir un train SLR [système léger sur rail], du centre-ville de Montréal au boulevard Taschereau ou au terminus Panama, en passant par le pont Victoria. Plusieurs experts le proposent. Et, avec en plus le métro de Longueuil qui relierait aussi le centre-ville des municipalités comme Saint-Hubert et Greenfield Park, on décongestionnerait la partie la plus dense de la Rive Sud. »
« Avec le projet sur Victoria, nous pourrions ainsi nous permettre d'attendre le train rapide sur le pont Champlain, plus coûteux et prévu dans les plans du gouvernement fédéral d'ici 15 ou 20 ans! » « Les axes Côte-des-Neiges et Saint-Laurent pourraient aussi avoir une ligne de tramway, alors que d'autres axes seraient mieux desservis par le bus électrique avec voie réservée, Pie-IX ou Henri-Bourassa, par exemple. »
Faubourg: Le Plateau-Mont-Royal jongle avec l'idée de vignettes de stationnement pour les non-résidents. Qu'en pensez-vous?David Hanna: « Sans avoir toute l'information, je dirais peut-être qu'on va trop loin. Il faut aussi faire attention de ne pas rendre la vie urbaine frustrante: l'auto demeure une excellente façon de circuler. Il faut donc pouvoir se stationner... »
Faubourg: Et les rues piétonnes?David Hanna: « Toutes les rues ne s'y prêtent pas. Mais ce pourrait être notamment envisageable sur l'avenue du Mont-Royal. Par exemple, à Strasbourg, on a piétonnisé la rue principale et mis en place un service de tramway. Au début, les commerçants étaient farouchement contre. Mais ils ont changé d'avis en voyant monter leurs chiffres d'affaires... »
Un projet TOD à LachineDans son mémoire de maîtrise qu'il déposera ces jours-ci, le futur urbaniste Thomas Bissuel-Roy a retenu les meilleurs secteurs de Montréal qui pourraient accueillir un projet TOD (pour Transit Oriented Development), un courant qui mise sur la marche et le transport collectif au cœur du développement urbain.
Il a notamment retenu les nombreuses friches industrielles, un lieu de prédilection pour ce type de projet, croit-il. L'endroit le plus prometteur? Le terrain qui borde l'ancienne usine Dominium bridge, enclavé entre l'autoroute 20 et le canal Lachine.
« Cette immense zone est presque totalement abandonnée. Ce secteur se prête au TOD car il est déjà traversé par une ligne ferroviaire et une ancienne ligne de tramway. Ce terrain a donc tout pour recevoir une population importante, dans un lieu proche du Vieux-Lachine et sa magnifique zone patrimoniale », décrit David Hanna, titulaire du jeune Bissuel-Roy.
Le TOD fait de plus en plus d'adeptes. Un exemple: en 2008, Lyon entamait un vaste projet similaire visant la revalorisation de 150 hectares de terrains en friche. Avec ce développement accueillant des logements, des bureaux, des commerces et divers services, Lyon compte doubler la superficie de son centre-ville.




