«Aucune ville culturelle ne peut devenir une métropole forte aujourd’hui si son secteur privé ne s’engage pas», estime Simon Brault, directeur général de l'École nationale de théâtre, président de Culture Montréal et vice-président du Conseil des arts du Canada à Ottawa.
Entretien avec un véritable passionné de la culture montréalaise.
Simon Brault : Elle occupe une place croissante et plus importante que jamais. Dans les villes comme Montréal, de plus en plus cosmopolites, la culture devient l’un des principaux moyens pour maintenir l’unité et donner une couleur à la ville.
La culture est la façon de bâtir les nouvelles métropoles. Il faut s’intéresser aux artistes, mais aussi au modèle économique parce qu’ils doivent pouvoir vivre. C’est à la fois un secteur d’activité et une dimension de la ville.
Faubourg : Si on la compare à d’autres métropoles, à quel niveau se situe Montréal d’un point de vue culturel?SB : En tenant compte de sa taille et de son économie, Montréal est une métropole culturelle extrêmement dynamique.
On y trouve une urgence de créer à cause de son statut de ville francophone dans un continent anglophone; la culture est liée à la survie du français. Montréal est une ville très diversifiée au niveau de la création; on fait de tout et on le fait bien. C’est l’une des villes culturelles importantes dans le monde parce qu’on y accorde une place importante à la création. La preuve, c’est le nombre de créateurs montréalais de renommée internationale, dans tous les domaines.
Faubourg : Les artistes montréalais sont-ils suffisamment soutenus par les institutions, les gouvernements et la Ville?SB : Il n’y a pour ainsi dire aucun artiste dans le monde qui est assez soutenu. Ils pourraient l’être encore plus, mais comparée à d’autres villes, Montréal valorise ses créateurs.
Le niveau de soutien qu’elle leur accorde explique son succès comme ville culturelle.
Faubourg : Est-ce qu’on devrait miser sur le mécénat pour soutenir les artistes?SB : Aucune ville culturelle ne peut devenir une métropole forte aujourd’hui si son secteur privé ne s’engage pas.
Les gens d’affaires à Montréal n’investissent pas assez en culture parce qu’il y a une tendance à croire que c’est la responsabilité de l’État. En effet, beaucoup de gens ont peur que l’engagement du secteur privé diminue celui de l’État. Mais si les gouvernements, l’hôtel de ville et le secteur privé investissaient de façon importante, les retombées seraient extraordinaires. Les deux secteurs où l’on se doit d’investir, c’est la culture et l’éducation parce qu’ils génèrent à long terme le plus de richesse pour la Ville.
Faubourg : Quelle différence voyez-vous avec nos voisins anglophones?SB : En Ontario, on cherche à donner à la culture un rôle économique. L’investissement du secteur privé en culture est beaucoup plus grand qu’à Montréal, mais la place qu’on accorde aux artistes à Toronto est moins valorisante.
Toronto a surtout misé sur ses infrastructures - agrandir ses musées, construire des équipements qui peuvent permettre d’attirer des touristes. Elle importe trois fois plus de produits culturels qu’elle en exporte (magazines américains, livres, disques…). À Montréal, c’est le contraire : on exporte trois fois plus de produits culturels qu’on en importe. On crée des projets et on les diffuse à travers le monde. Notre rayonnement international par les arts et la culture est beaucoup plus important que celui de Toronto. La force de Montréal, c’est sa capacité de création.
Faubourg : Comment partagez-vous votre temps entre vos diverses fonctions?SB: Mon travail principal, c’est de diriger l’École nationale de théâtre. J’y suis depuis maintenant 29 ans.
J’ai aussi un bureau à Ottawa, où je me rends pour les rencontres du conseil d’administration. À Culture Montréal, je joue un rôle surtout au niveau de l’orientation. À vrai dire, je travaille sept jours par semaine presque à l’année longue. Mais toutes ces responsabilités s’entrecroisent et j’essaie de m’assurer, quand je me déplace, que tout se recoupe.
Faubourg : Comment avez-vous commencé à vous intéresser à la culture?SB : Mon père était professeur de microbiologie, mais aussi un artiste engagé dans la promotion du rôle de l’artiste dans la société.
Adolescent, la dernière chose dont je voulais m’occuper dans la vie c’était des arts, et j’ai fait des études en droit. Je suis arrivé à l’École nationale de théâtre en me disant que c’était temporaire, mais j’y ai trouvé un milieu extraordinaire qui m’a intéressé à la culture. Puis, en 1992, j’ai eu la chance de gérer la rénovation du Monument-National. C’était un tournant dans ma vie. Ce projet m’a permis de connaître tous les acteurs du secteur de la culture. J’ai compris qu’en plus de diriger mon école et de former des artistes, je pouvais aussi m’assurer qu’à leur sortie de l’école, ils se retrouvent dans un monde qui accorde de l’importance à l’art. Laila Maalouf




